Que retenir de ce voyage Ă pied en France, après dix-huit mois de randonnĂ©e ? Retour sur les neufs premiers mois de marche Ă travers la France de la diagoÂnale du vide. En mettant bout Ă bout tous ces (bons) moments, cette grande traversĂ©e qui s’achève dessine-t-elle quelque chose ? Des Ardennes Ă l’Indre, l’aventure tient au moins toutes ses promesses.
Semaine de rodage au coeur des Ardennes. Premières randonÂnĂ©es, premiers bivouacs, premières rencontres… ExaltĂ© par la beautĂ© des forĂŞts et des vallĂ©es sauvages, l’enthousiasme des premiers jours laisse vite place au doute…
Mon corps tiendra-t-il le rythme du voyage sous l’embonpoint de mon sac Ă dos ? Comment parler de la France qui a le sourire sans tomber dans un angĂ©Âlisme imbĂ©Âcile ? Comment laisser le hasard s’immiscer dans mon planÂning trop chargĂ© ?
C’est toute la magie du voyage Ă pied. Les rencontres se succèdent et ne se ressemblent pas. Sans avoir Ă forcer le trait, ce voyage en France s’annonce comme une avenÂture.

Dans les Ardennes, le temps s’épaissit !
Dans le val d’Ardennes, quelque chose ne va pas. Villages de cartes postales, rues proprisÂsimes, maisonÂnettes modèles et jardins fleuris… Tout est trop lisse ici. Le joli dĂ©cor de cinĂ©ma de la pointe de Givet cache quelque chose de malsain.
J’avance le long de la Meuse. Ă€ Sedan, les cow-boys sont des pĂŞcheurs et les Ardennes ont des airs de far-east. Il y a de la bière et des frites, des histoires de compÂtoir, quelques sĂ©ances de pĂŞche et le blues d’une ville aux airs de belle endormie…
Je passe en bateau-stop la fronÂtière des Ardennes Ă la Meuse pas moins excitĂ© que si je traverÂsais l’équateur !

En Meuse, trek hors piste dans le vif du sujet
Les Ardennes Ă©taient un amuse-bouche. Dans la Meuse, la diagoÂnale du vide se rĂ©vèle : moins de villages, moins de rĂ©seau, moins de boulanÂgeÂries, moins de bistros… Ă€ pied, Ă travers champs, tout prend une autre dimenÂsion.
Moins vite, moins haut, moins loin… C’est un peu la devise de ce voyage à pied en France. Je passe plus de temps chez les gens que sur la route.
Chez Jacques, dans l’Argonne, balade en âne le jour, concert la nuit. Il fait bon vivre sous la grange Ă son. Ă€ Fresnes-au-Mont, habiÂtants et artistes crĂ©ent des parcours artisÂtiques. C’est le Vent des ForĂŞts, une galerie d’art Ă ciel ouvert. Chez Martine et ChrisÂtian, Ă la ferme de la ClĂ© des champs, le tourisme rural a un goĂ»t de confiÂture.

En Haute-Marne, la nature prend le dessus
L’étĂ© est lĂ , et avec lui la caniÂcule. La randonnĂ©e en Haute-Marne se fera Ă l’ombre des forĂŞts.
Une andouillette glissĂ©e dans mon sac Ă dos me rĂ©vèle la faune sauvage sous un jour moins amical. De la compaÂgnie des hommes Ă celle des animaux, un peu d’enfer, un peu de paradis.
LancĂ© sur le GR 7 entre la libertĂ© soliÂtaire de la rando nature et les plaiÂsirs sophisÂtiÂquĂ©s des villes-Ă©tapes, je navigue de port en port. La nuit, sous la tente, j’écoute vibrer le monde de la forĂŞt. Le jour, je joue Ă cache-cache avec les bĂŞtes sauvages. Ă€ AubeÂrive, un heureuse rencontre rĂ©veille mon instinct de chasÂseur.
La nature a pris le dessus en Haute-Marne.

Dans l’Aube, des histoires à dormir debout
Dans l’Aube, mon voyage s’annonce moyenÂneÂment glamour.
Horizon plat, route rectiÂligne, chaleur Ă©craÂsante au plus creux de l’étĂ©. Ça sent le foin et l’ennui. Les rencontres toujours improÂbables vont se charger de l’animation.
De l’abbaye d’Auberive Ă l’abbaye de ClairÂvaux, sur les chemins de Dieu, je deviens pĂ©lerin.
Autour de la forĂŞt d’Orient, le passĂ© se mĂ©lange avec le prĂ©sent dans un joyeux folkÂlore. Des templiers aux OVNIs, je chasse les fantĂ´mes et remonte la piste des extra-terrestres.
Ă€ ClairÂvaux, je m’essaye au tourisme carcĂ©ral. Mais il s’agit moins de la visite d’un lieu unique, abbaye et prison, que de la rencontre de l’homme qui l’a fait renaĂ®tre, Jean François.
Cette longue marche improÂvisĂ©e me ballote de surprises en surprises.

Dans l’Yonne, bon appétit et large soif !
Dans l’Yonne, l’itinĂ©raire prĂ©vu de châteaux en châteaux se transÂforme en balade gastroÂnoÂmique. Vins de Chablis, tables ombraÂgĂ©es et viandes en sauce… Le long du canal du NiverÂnais, le temps est au beau fixe, l’ambiance Ă la sieste.
CĂ´tĂ© orgaÂniÂsaÂtion, ça patine un peu… Rien ne veut se mettre en ordre. Je prends les choses comme elles viennent. Une nuit dans une grotte, un camping très nature, un petit cours d’ésotĂ©risme, un vol en ballon. D’Avallon Ă VĂ©zelay, l’Yonne se dĂ©couvre sur la terre comme au ciel.
Ă€ VĂ©zelay, dĂ©part des chemins de ComposÂtelle, la colline Ă©terÂnelle aimante les visiÂteurs. PèleÂrins, touristes, marcheurs… On trouve tout et son contraire. VĂ©zelay est mystique et Ă©sotĂ©Ârique.

Dans la Nièvre, une aventure qui sent le sapin…
Selon les autochÂtones, « dans le Morvan, y’a pas d’bon vent, y’a pas de bonnes gens ». Sur les cartes, la grande traversĂ©e du morvan a quelque chose d’épique, un parfum d’aventure. Je m’élance pour une longue marche dans l’ombre des forĂŞts.
Il y a des orages, du granit et le vent qui fait chuinter les arbres. Dans les vallées, ça sent le sapin et la poudre à canon. C’est le week-end d’ouverture de la chasse. Parmi les arbres, les sangliers touchent du bois. Moi aussi…
Le Mont Beuvray et ses paysages granÂdioses marquent la ligne d’arrivĂ©e. On me l’a dĂ©crit comme le plus beau point de vue du Morvan. LevĂ© aux aurores, ma randonnĂ©e nocturne se transÂforme vite en course-pourÂsuite contre le soleil. Dans le noir, je fais le point avec moi-mĂŞme.

Coup de coeur dans le Cher
En passant la Loire, j’ai l’intuition que le voyage va changer. L’automne s’installe. Jours plus courts, nuits plus fraîches.
Dans les bois, les cerfs brament et annoncent la fin de partie. Il y a des sons comme ça qu’il faut avoir entendu au moins une fois dans sa vie.
La forĂŞt de Sologne est un must pour l’itinĂ©rance Ă la petite semaine. Kat, une backÂpaÂckeuse philipÂpine, m’a rejoint pour quelques jours. Le « camping trip » se transÂforme en avenÂture.
La forĂŞt de Sologne a mis son manteau d’automne. En chemin, des rencontres coloÂrĂ©es pimentent la balade romanÂtique. Éleveurs, apiculÂteurs, chasÂseurs, poètes…

Coup de froid dans le Berry
La fin de l’annĂ©e approche, mon corps rĂ©clame une pause. BronÂchite, angine, rhino-pharynÂgite… PhysiÂqueÂment, je suis au bout du rouleau.
Entre deux pousÂsĂ©es de fièvre, je trimÂbale mes microbes dans les marais de Bourges. Dans ce labyÂrinthe de jardins et de canaux Ă l’écart du monde, la promeÂnade est nature et gastroÂnoÂmique, de la terre (fertile) Ă l’assiette (Ă©toilĂ©e).
Je repars tant bien que mal. Dans le sud du Berry, j’arrive au centre gĂ©ograÂphique de la France. Le moment est partiÂcuÂlier. Les Ă©lecÂtions rĂ©gioÂnales viennent de se dĂ©rouler sur fond d’attentats. ÉlecÂteurs du front national, agriÂculÂteurs Ă©colos, Ă©tranÂgers amouÂreux de la France… Ă€ chacun sa vision des choses.
Pour moi, c’est le moment de faire une pause dans ce voyage au long cours. Je rentre me retaper quelques semaines pour repartir du bon pied. Pour me frotter aux PyrĂ©ÂnĂ©es sous l’hiver, j’aurai besoin de forces, de nouvelles chausÂsures de marche et d’un sac de couchage plus chaud… Les neufs mois Ă venir vont s’avĂ©rer physiques.
Par ici pour la suite et fin de cette randonnée à pied en France




Commentaires
FormiÂdable, je dĂ©couvre tes rĂ©cits et suis passionnĂ©e car j’enÂviÂsage de faire Ă©galeÂment une traversĂ©e de la France Ă pied, te lire va beauÂcoup m’aider !! En revanche je suis déçue que tu ne prĂ©cises pas plus comment tu t’y es pris pour dormir, manger, quel matĂ©Âriel, … Peut-ĂŞtre trouÂverai-je ailleurs sur le site par la suite ? 🙂
Coucou Émilie ! Merci pour ton petit mot. Tu as raison, je fais plus dans le rĂ©cit de voyage que dans le guide matĂ©Âriel parce que j’avais l’imÂpresÂsion que tout est dit en mieux ailleurs. Mais tu n’es pas la seule Ă me demander et je partaÂgerai donc prochaiÂneÂment quelques conseils sur le matos que j’utiÂlise et ce qui marche pour moi. Quant au manger et au dormir… Je crois que tout est dĂ©jĂ dans les rĂ©cits et dans le livre ! Ă€ ta dispoÂsiÂtion si tu as des quesÂtions prĂ©cises, j’esÂsaierai d’y rĂ©pondre avant que tu partes pour ta traversĂ©e 🙂
Ah oui bien sĂ»r, je vais donc dĂ©couÂvrir plus tard ces inforÂmaÂtions, c’est juste que je me suis empressĂ©e de t’écrire alors que je n’avais lu que quelques articles, tant j’étais enthouÂsiaste d’avoir trouvĂ© ton blog. 🙂 Je suis ravie que tu sois dispoÂnible pour rĂ©pondre aux Ă©venÂtuelles quesÂtions, merci beauÂcoup encore pour tout ce que tu mets Ă notre dispoÂsiÂtion ! A plus tard peut-ĂŞtre.